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VI: L’appel

            Emmitouflés dans un épais manteau, Anna et Adam traversèrent de nuit le village. Pendant la soirée, la jeune fille s’était sentie mal, et il fallait trouver un médecin qui pourrait la soulager. Adam était inquiet que ça ne soit pire que ce qu’il croyait. En revanche, il fut soulagé de constater qu’Anna veuille rencontrer un docteur, qui pourrait peut-être l’aider dans ses maux invisibles aux yeux de son compagnon.

            Les mains gelées, Anna serra son manteau près d’elle. Adam frappa à la porte du médecin du village. Un homme ouvrit la porte, et regarda les deux jeunes, sous la neige épaisse de la nuit. Il vit alors Annie, rougissante, les mains presque violettes à cause du froid. Elle devait avoir mal de froid. Il ouvrit grand la porte et les laissa entrer.

-Merci beaucoup monsieur.

-Asseyez-vous, et dîtes-moi ce qui ne va pas.

Adam installa d’abord son amie, sur un fauteuil. Le salon de l’homme était très chaleureux. Le feu donnait une couleur rouge orange très agréable, et les nombreuses couvertures et fauteuils rassuraient l’atmosphère boisée des murs. Un immense tapis était déposé au sol, pour ne pas refroidir les pieds des visiteurs.

            Adam s’assit sur l’accoudoir du fauteuil dans lequel Anna était installée.

-Mon amie s’est sentie un peu mal dans la soirée. Je ne sais pas trop ce qu’elle a, elle est un peu timide… Mais je vois bien qu’il y a quelque chose qui la tourmente.

Le médecin examina Anna, un peu méfiante, puis l’ausculta avec ses mains.

-Je ne sais pas bien si je peux vraiment vous aider. C’est vrai qu’elle a l’air mal en point, mais je ne suis que médecin de campagne. Il vaudrait mieux vous adresser à un médecin dans une ville… Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider plus, surtout à cette heure tardive, expliqua le médecin.

Anna trembla de la main. La ville ? Non, elle ne voulait pas y retourner ! Il y avait bien une raison pour laquelle elle l’avait quitté, et ce n’était pas pour y retourner ! Adam tourna son regard vers elle, terrifiée.

-Pouvez-vous nous héberger au moins pour la nuit ? Si jamais il y a un problème, ça nous évitera de vous rappeler et de vous faire sortir…

-Bien sûr, je vais vous chercher des couvertures. La demoiselle peut prendre la chambre de mon fils, il est parti. Venez.

Il les conduisit dans une pièce, au fond d’un couloir, et installa Anna, qui tenta de se reposer. Puis le médecin proposa à Adam sa chambre, mais le garçon refusa, de peur d’abuser de l’hospitalité de l’homme. Il s’assit sur un fauteuil, et s’endormit presque aussitôt, couverture sur lui, la chaleur du feu le gardant au chaud.

            Dans la nuit, un cri aigu et strident vint le réveiller brutalement. Il était évident que ce fut celui d’Annie, souffrante. Adam se précipita dans la chambre de la jeune fille, suivit de près par le médecin. Il prit la main de son amie et la serra contre lui. Elle était en larmes, allongée, la main serrant le drap avec force, et gigotant de douleur.

-Anna… Anna… Tu vas bien ?

Elle secoua la tête, et, lâchant le drap, de sa main libre, elle s’essuya les yeux.

-Je veux pas y aller…

-Anna, qu’est-ce que tu dis ? Où ça ? Où tu ne veux pas aller ? demanda Adam, inquiet au plus au point.

-Je ne veux pas retourner dans la ville… Jamais, je ne veux pas… Jamais !

Elle avait l’air bouleversée, c’en était douloureux. Elle refusait de partir, pourtant, elle était malade, elle n’avait pas vraiment de choix. Elle gémit à nouveau, cette fois par souffrance maladive. Elle avait mal à la tête. Très mal. C’était comme si une aiguille lui transperçait le crâne. Une aiguille fine, piquante, traversant sa peau avec une force incroyable. Une aiguille d’une seringue.

Ça faisait mal. Très mal. Trop.

Mais pas assez pour qu’Anna veuille aller dans une ville pour enlever ce mal. Elle continuait de pleurer.

-Adam… Pitié, je ne veux pas y retourner.

-Anna… On a pas le choix. Tu as trop mal, je ne peux pas te laisser comme ça.

Adam sentit son cœur battre plus fort, il ne voulait pas la voir comme ça… C’était trop dur pour lui.

            Mais elle refusait tellement. Elle avait certainement dû connaître quelque chose de difficile là-bas, en dehors de cette ville, en dehors de cette vie. Adam était au milieu d’un dilemme. D’un côté son amie devait être sauvée, de l’autre, elle refusait de se sauver. Comment faire ?

-On en reparlera demain matin, d’accord ? Tâche de te reposer pour l’instant.

Adam rabattit la couverture sur son amie puis sortit de la chambre avec le médecin. Il referma doucement la porte, puis soupira.

-Elle a de la fièvre maintenant. Je ne sais pas ce que c’est mais… Ça a l’air très étrange. De plus, quand je l’ai examinée, elle avait une zone très rouge, à l’arrière du cou. On dirait qu’elle s’est grattée. J’espère tout de même que ce n’est pas très grave. Mais par contre, il faut absolument l’amener devant un médecin, parce que même si ce n’est pas très grave, si elle ne se soigne pas, qui sait ce qui pourrait arriver…

Adam acquiesça. Évidemment. Il devait l’emmener dans la ville, ce n’était pas possible de la garder comme ça. Il retourna se coucher, décidant de remettre sa décision à plus tard. Le problème était de lutter contre Anna, car c’était elle la principale intéressée, et c’était sa santé avant tout. Adam voulait la protéger, mais elle avait des troubles qu’elle n’arrivait pas à surmonter. Il se dit qu’il valait peut-être mieux partir avant qu’elle se réveille, pour lui montrer qu’elle n’avait pas le choix.

            Il la trahissait, mais c’était pour son bien. Il salua le médecin, et porta Anna jusqu’à une vieille charrette qu’Adam gardait dans le garage de la maison. Il installa son amie, emmitouflée sous une épaisse couverture, et s’habilla lui-même avec un maximum de couches de vêtements qu’il prit dans la maison. Après avoir acheté un cheval au fermier du village, ils commencèrent leur périple.

            La route était recouverte d’une neige assez conséquente. La nuit était toujours là, gardant les deux voyageurs au froid. Heureusement, il ne pleuvait, ni ne ventait, ce qui rendait le déplacement plus simple. Adam dirigeait la charrette vers le Sud, espérant tomber sur une grande ville rapidement, même s’il savait que c’était hautement improbable. Étant né au village, il n’avait pas vraiment reçu d’éducation, et la géographie était le dernier de ses soucis. Il connaissait évidemment le nom de la plus grande ville, mais ignorait où elle était. Anna devait pourtant le savoir…

            Par chance, le cheval était un animal très corpulent, qui avait l’air de résister au froid. Adam espérait que celui-ci ne consommait pas son poids par jour, car il avait très peu de vivres, et ne sachant pas combien de jours de voyages seront effectués, il était très inquiet que le trajet dure beaucoup plus longtemps que ce qu’il souhaitait.

Au loin, le village commençait à disparaître sous la neige et les ténèbres de la nuit. Annie n’était pas encore réveillée, mais elle bougeait tellement qu’Adam sut qu’elle ne serait pas endormie plus longtemps.

            Le soleil se leva sur les plaines blanches. La lumière intense aveugla pendant quelques minutes Adam, qui s’était habituée à la profonde obscurité. C’est à ce moment qu’Anna se réveilla. Perdue, la jeune fille observa les alentours, avant de se rendre compte qu’elle était dans une charrette, bougeant vers le Sud. Elle s’avança vers le cheval, qui transportait Adam et la charrette. Elle tapota le garçon, puis recula sec, terrifiée.

-Anna, tu es réveillée. Parfait.

-Adam ? Mais… Où est-ce qu’on va ? demanda-t-elle, d’une voix faible et inquiète.

-Je t’emmène dans une ville au Sud. Pour te soigner.

Elle cru halluciner lorsque son ami prononça ces paroles. Se moquait-il d’elle ? Non, elle lui avait pourtant dit de ne pas l’emmener là-bas ! Alors, pourquoi ? Pourquoi faisait-il cela ? Si elle retournait en ville, ils allaient vouloir la récupérer. Elle devait avoir entre seize et dix-huit ans, ils allaient la remettre en service.

-Non, Adam je t’en prie, ramène-moi à la maison. Je ne peux pas retourner là-bas, je t’en supplie…

-Il est hors de question que je te ramène malade chez toi. Tu iras là-bas pour te faire soigner.

Anna sut qu’il était impossible de le convaincre, puisqu’il était persuadé de faire quelque chose de bien pour elle. Elle se rassit dans la charrette, le corps enroulé dans la couverture, dépitée.

            Le médecin découvrit le lit vide. Et le salon vide. Ils étaient partis tous les deux. Enfin, ils s’attendaient à ce qu’Adam parte dans la nuit, pour ne pas laisser le choix à Anna. Le médecin l’espérait aussi. Il alla vers sa chambre, et prit un vieux combiné qui lui servait de communication avec l’extérieur. Il composa lentement un numéro, et attendit que les bips interminables s’arrêtent enfin pour entendre la voix de quelqu’un.

-Allô ? J’appelle pour le cas Anna. Ils sont partis ce matin. Vers le Sud, je crois.

Il raccrocha aussi sec. Le plan était lancé.

Par Violet

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